Coalition Solidarité Santé

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Les entreprises d’économie sociale en aide domestique (EÉSAD) : améliorer leur financement, baliser leur mission

par Jacques Fournier, 2012.

 

Les 101 EESAD sont nées, pour la grande majorité, au lendemain du Sommet socioéconomique de 1996. L’objectif était de créer des emplois, tout en contribuant au soutien à domicile, surtout des aînés. Essentiellement, elles fournissent des services d’entretien ménager : travaux légers et lourds, entretien des vêtements, préparation de repas, approvisionnement, etc. En 2012, elles donnent du travail à 6500 personnes et desservent 81 000 usagers, majoritairement (à 67%) des aînés.

 

Elles sont financées à la fois par les usagers, qui contribuent aux services en fonction de leurs revenus, et par le gouvernement, dans le cadre du PEFSAD, le programme d’exonération financière pour les services d’aide domestique. Sur le site de la RAMQ, on décrit les modalités du programme. Le gouvernement a versé 58 millions $ aux EÉSAD en 2009-2010. 

 

Les EÉSAD doivent s’inscrire en complémentarité du secteur public. Ainsi, elles ne doivent pas donner des bains et autres services à la personne, qui sont la responsabilité des CLSC (CSSS). C’est ce qui a été convenu au Sommet socio-économique de 1996 et qu’on appelle le « consensus de 1996 » : les emplois des EÉSAD ne doivent pas se substituer aux emplois plus décemment rémunérés du secteur publics mais s’ajouter. Dans le jargon du réseau de la santé et des services sociaux on dit que les AVQ, les activités de la vie quotidienne, relèvent des CLSC et que les AVD, les activités de la vie domestique, constituent le mandat des EÉSAD.

 

Le Sommet de 1996 avait pour objectif de créer des « emplois de qualité », c’est-à- dire des emplois qui permettent, avec une semaine normale de travail, de mettre les employées, majoritairement des femmes, au-dessus du seuil de la pauvreté (seuils de Statistique Canada). Le problème, c’est que, malheureusement, les EÉSAD ne sont pas arrivées à créer des emplois décemment rémunérés. Pourquoi? Parce que le gouvernement n’a pas, pratiquement, indexé le PEFSAD de sa création en 1997.  Les EÉSAD ont peine à retenir leurs employées, sous-payées, ce qui entraîne un manque de continuité dans les services. Sous-financées, les EÉSAD sont contraintes d’augmenter leurs tarifs : comme plusieurs aînés n’ont pas les moyens de payer les nouveaux tarifs, ils se privent de services que requiert leur état.

 

A l’heure actuelle, seule une petite minorité d’EÉSAD ne respecte pas le « consensus de 1996 » et offrent des services à la personne (AVQ), en faisant payer l’usager, alors que les services des auxiliaires familiales et sociales de CLSC sont gratuits. Pour donner des services à la personne, il faut du personnel qualifié, bien formé, ce qui n’est pas le cas des employées des EÉSAD, ces dernières étant formées spécifiquement pour l’entretien ménager et n’ayant pas une rémunération adéquate pour donner des services à la personne. Cependant, on sait que le gouvernement Charest est en processus de réflexion pour augmenter le tarif d’un grand nombre de services publics. Il est donc possible qu’il veuille tenter de forcer les EÉSAD à facturer à l’usager une partie des coûts des services à la personne (AVQ), comme il le fait déjà pour l’entretien ménager (AVD). On appellerait cela un glissement.

 

Une des pistes d’action mises de l’avant pour améliorer les conditions de travail des employées des EÉSAD, c’est la syndicalisation. Une vingtaine des 101 EÉSAD sont syndiquées, en majorité au SQEES 298 (FTQ). C’est par la syndicalisation que les éducatrices des services de garde ont pu obtenir, après des années de bataille, des conditions de travail décentes. Dans cette situation, il faut toujours bien identifier l’interlocuteur ultime, en l’occurrence le gouvernement, et non pas les directions locales des EÉSAD.

 

Les EÉSAD en ont assez d’être traitées comme de la main d’oeuvre à bon marché par le gouvernement, d’être vues comme un « ghetto d’emplois féminins ». Il est temps que le gouvernement finance décemment les EÉSAD, tout en respectant le « consensus de 1996 ». Et qu’il améliore le financement des services à domicile des CLSC (CSSS) pour que ces derniers aient un nombre suffisant d’auxiliaires familiales et sociales, ces précieuses et essentielles ressources qui donnent des services à la personne (AVQ) aux aînés en perte d’autonomie, tout en faisant la liaison avec les autres membres de l’équipe des services à domicile du CLSC.

 

Bibliographie

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http://www.chronijacques.qc.ca/2011/03/ajout-de-150-millions/

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http://www.chronijacques.qc.ca/2000/05/aide-a-domicile-pour-que-leconomie/